Cadre 10
L'abbé Louis Delvaux


Souvenir
Collection:
P1000378


Souvenir
Collection:
P1000379


L'abbé Delvaux dans son église
Collection: Familles Nicolas
A1010003
L'abbé Albert Boeur

27 ans à l'époque
Collection: Abbé Boeur
P1000491


Préparation des professions de foi - Vaux - 1945
Collection: Abbé Boeur
P1000495


Image pieuse offerte par l'abbé Boeur
Collection: Matz-Dumont
P1000401

Confirmation Rachamps
14-9-45 L'abbé Boeur
Marraine Joséphine Defêche
Gaby Pasau, Marcelle André, Lucie Lifrange,Marie-Thérèse Léonard, Anne-Marie Berthe, Nelly Lifrange, Mariette Dourte, Lucie Pasau, Gisèle Berthe, Simone Felten, Julia Bergh, Annie Colla, Jeanne Koeune, ,,,, , Léa Monrique, Germaine Paligot, Yvonne Paligot, Martine Hiffe, Josée..., Anne-Marie Maréchal
Collection: Rollus-Hiffe
P1000397

Souvenirs de l'abbé Boeur.
L'histoire de la bataille des Ardennes a déjà été rapportée bien des fois. Le récit qui suit est celui d'un témoin qui a vécu d'une manière directe les événements qui ont suivi la bataille. L'épreuve avait été extrêmement dure. La région à nouveau libérée respirait. Le dernier obus tombait sur Bastogne le 19 janvier . Du côté allemand 12.652 hommes étaient hors de combat dont 6.785 sont inhumés au cimetière de Recogne. Du côté allié 10.733 militaires et 2.500 civils périrent. 1.000 maisons et 18 églises furent détruites.
J'avais vingt-sept ans. J'étais préfet au séminaire de Bastogne où j'avais déjà connu à partir de la mi-décembre 44 de bien douloureux événements. L'établissement endommagé et occupé par les troupes américaines ne pouvait accueillir ,comme il le faisait chaque année en janvier, les élèves pour le deuxième trimestre. Monseigneur Charue, évêque de Namur, était venu visiter les régions sinistrées et apporter un réconfort à la population. Les maîtres que nous étions se trouvant sans travail furent répartis dans les paroisses où il n'y avait plus de curé. C'est ainsi que le samedi 20 janvier je fus envoyé à Noville, village à mi-chemin entre Bastogne et Houffalize . Le curé de cette paroisse, l'Abbé Delvaux , avait été fusillé. Petit village de 250 habitants, quarante maisons dont trente étaient complètement détruites et les autres inhabitables. Il serait bien difficile de m'y installer même sommairement, j'en avais été averti. Je partis à vélo avec une valise . Les quelques kilomètres de la route labourée d'ornières de chars ne me permirent l'arrivée qu'à la vesprée, les jours sont courts au mois de janvier. Ne trouvant aucun logement à Noville, j'ai poussé une pointe jusqu'au presbytère de Rachamps chez l'abbé Etienne. J'ai logé dans sa cuisine sur un matelas étendu à même le sol. Le lendemain nous sommes partis à Vaux à la recherche d'un logement. Nous nous sommes arrêtés chez Firmin Defêche, brave homme à la jambe de bois. Veuf, il habitait avec ses deux filles :Marie et Joséphine. Un brin de chance pour moi :la veille, Madame Rosière une réfugiée, qui occupait une place dans leur maison, l'avait quittée pour rentrer chez elle. J'y disposais d'un lit et d'une table pour travailler. Je prenais mes repas chez Marcelline Louis à environ cent mètres.
L'accueil cordial reçu partout me rendait heureux. J'allais pouvoir commencer ma mission de pasteur. Ma première démarche fut d'aller me recueillir sur la tombe des fusillés. Rempli d'émotion j'y lisais les noms des victimes : l'abbé Louis Delvaux (45 ans), l'instituteur Auguste Lutgen (45 ans), les deux frères François et Félix Deprez (30 et 35 ans), Joseph Rosière (35 ans), Romain Henquinet (43 ans) et Roger Beaujean ( 21 ans). Puis j'ai commencé à rendre visite à la population restée sur place, je réservais une place privilégiée aux malades et aux personnes âgées que j'écoutais avec une bienveillante attention.
Progressivement les évacués reviennent, très peu d'enfants dans les premiers temps. La vie paroissiale commence à se réorganiser. Le dimanche je vais célébrer une première messe dans le hall du château de Monsieur d'Hoffschmidt. Puis je m'en vais à pied à travers la campagne longeant le village de Cobru pour célébrer une seconde messe à Vaux. Le spectacle est macabre, les corps des soldats allemands attendent d'être inhumés au cimetière de Recogne. Les services de funérailles sont nombreux. On ne célèbre qu'un seul mariage cette année-là : celui de Marie Defêche et de Joseph Lefèvre qui a lieu au mois d'août. Une petite chorale anime les célébrations liturgiques. La catéchèse des enfants recommence pour la première communion et la profession de foi. Plus tard on érigea les baraquements qui servirent d'église et d'école mais je ne les ai pas connus. Le transfert des corps des fusillés dans le nouveau cimetière eut lieu au début septembre.
Avec le printemps les travaux des champs recommencent lentement mais les cultivateurs Messieurs Marcourt, Rollus, Herman et bien d'autres se montrent prudents et hésitent à s'aventurer dans leurs parcelles à cause du danger provoqué par les engins perdus dans la campagne. Il a fallu attendre l'arrivée des démineurs belges pour retrouver une certaine sécurité.
Mais finalement la vie reprit. La population s'était montrée courageuse dans l'épreuve. Elle le resta pour reconstruire et recommencer à vivre.
Abbé Albert BOEUR 6680 Roumont 084/45.53.02 .

Collection:
A